CHEIKH YACOUBA SYLLA
ORIGINE ET JEUNESSE
CHEIKH YACOUBA SYLLA est né vers 1906 à Nioro du Sahel (Mali). Il est issu du groupe Soninké, l’un des grands groupes ethniques du cercle et appartient à la famille maraboutique des SYLLA. Son père PASSOKHONA SYLLA était reconnu par des nombreuses traditions recueillies à Nioro comme un soufi caractérisé par une certaine érudition en science coranique. Il consacra toute sa vie à la prière et à la méditation par de longues retraites spirituelles.
Originaire de Nioro, il rallia très tôt la voie de Cheikh HAMAHOULLAH. La mère de Cheikh YACOUBA SYLLA s’appelle HAWA CISSE appelée communément MAMA CISSE. Elle est également originaire de Nioro et se rattache à la famille maraboutique des CTSSE. Plusieurs signes ont annoncé la venue de celui qui allait porter haut le flambeau du Hamallisme. Après sa naissance, au cours de son baptême pendant que son père et sa mère se concertaient pour le choix du nom, un vieillard apparait et leur proposa le nom YACOUBA. Après l’acceptation de cette proposition par les parents, le vieil homme s’est aussitôt éclipsé de manière mystérieuse. Troisième enfant de sa mère, ses années de jeunesses sont marquées par un certain détachement à l’égard des choses de la vie. Déjà, il se caractérise par la sagesse et la pudeur. Ce qui l’amenait à reprouver tout ce qui était contraire aux prescriptions religieuses. Dans ses rapports avec les autres, il allait manifester un caractère exceptionnel. Cheikh YACOUBA SYLLA avait une approche saine des faits et donnait des explications mystiques aux phénomènes. La maturité d’esprit dont il fit preuve à l’époque laissait présager un avenir radieux.
LA RENCONTRE AVEC CHEIKH HAMAHOULLAH
Très tôt, Cheikh YACOUBA SYLLA fréquente la Zawiya de Cheikh HAMAHOULLAH de façon très assidue. Progressivement, il abandonne le domicile familial et en compagnie de son oncle Mahamadou CISSE (Erudit et membre de l’entourage du Chérif) se consacre a la personne de HAMAHOULLAH. Le 06 juin 1921, son père fit acte d’allégeance à Cheikh HAMAHOULLAH et lui confia tous ses enfants. Au moment de présenter YACOUBA SYLLA, le Chérif l’interrompit en affirmant ceci: <je connais celui-ci>. Dès lors, on percevait déjà la marque distinctive du Chérif à l’égard de YACOUBA SYLLA. Son admiration pour Cheikh HAMAHOULLAH est légendaire. Après avoir pris le WIRD, il passait de longs moments avec le Cherif aux cours desquels ils méditaient sur beaucoup de sujets.
En effet, Sur le chemin du discipulat.
Les enfants de N’Passokhona Sylla avaient déserté la maison familiale pour la maison du Chérif. Ils y avaient élu domicile ; là, ils se mettaient au service du Chérif, de tous ses visiteurs et des résidents de la maison.
La tradition révèle que, jeune, Yacouba Sylla est conduit auprès du Chérif par son oncle maternel Mohamed Cissé Khoré, il devait prêter allégeance au Chérif et prendre, comme il convient, le Wird. A la suite de l’énumération des principales obligations afférentes à la tariqa par le Mogadem et contre toute attente, Yacouba Sylla se rebella contre la transmission classique du Wird par les initiateurs delégués (Mogadem); il exigea que son initiateur direct soit le Chérif, qui, devant une telle preuve de foi et d’amour se prit d’amitié et d’une grande admiration pour lui ; ensemble, ils passaient de longs moments aux cours desquels ils méditaient sur beaucoup de sujets.
À Nioro, avec l’avènement du Chérif Hamahoullah et la réhabilitation de la Tijaniyya, deux clans s’étaient formés les partisans des “douze grains” appelés “Tijani orthodoxes” et les partisans des “onze grains” Ou “Tijani réformés” dirigés par le Chérif de Nioro par le truchement de quelques-uns de ses disciples les plus influents. Les deux groupes entretenaient un climat de tension, se reprochant mutuellement d’avoir dévié ou de mal pratiquer, se traitant mutuellement de mécréant ou d’ignorant. C’est dans cette atmosphère que se produisit un événement inattendu, insolite ; un soir du mois d’octobre 1925, les deux groupes s’étaient résolus à vider leur querelle par des tentatives d’extermination, à coups de bâtons, de cailloux, et de pilons, dans le lit de la Fakha.
L’autorité coloniale intervint énergiquement pour mettre fin à la bagarre. Un couvre-feu fut décidé sur la ville pendant plusieurs jours.
Le Chérif fut tenu responsable de cette situation par les hautes autorités coloniales françaises, à savoir le Lieutenant-Gouverneur du Soudan à Bamako et le Gouverneur Général de l’Afrique occidentale Française (A.O.F.); elles interdirent au Chérif de Nioro, pour longtemps, le séjour à Nioro; et décidèrent de l’envoyer en exil dans un pays où il sera inconnu et où il aura peu d’influence, C’est ainsi qu’il fut exilé à Méderdra, dans le Trarg en Mauritanie, où le Chérif et ses compagnons d’exil arrivent le 24 juillet 1926. Le disciple Yacouba n’avait que vingt ans environ.
Là, à Méderdra, les disciples ne cessèrent d’aller voir leur Maitre; Yacouba Sylla était du nombre de ces disciple qui s’acquittaient de ce devoir. C’était, pour Yacouba Sylla, l’occasion d’avoir de longs entretiens avec le Chérif; ce qui n’était pas sans créer une certaine jalousie de la part des disciples.
La tradition rapporte qu’un jour, le Chérif et Yacouba
Sylla étaient allés seuls, sans témoins, dans le désert. De retour, certains des disciples s’approchèrent de Yacouba Sylla pour lui demander ce que lui et le Chérif s’étaient dt
Il répondit qu’il avait vu le Chérif parler. A qui s’adresait.il ? lui, Yacouba, ne saurait le dire. Pendant ce séjour à Méderdra allaient survenir plusieurs événements tous aussi importants les uns que les autres dans la révélation de ce disciple en mission Yacouba Sylla. Et dans le cadre de sa mission, deux événements majeurs allaient se produire : l’apparition de N’Paly Kaba Diakité appelé aussi Baliou, et la Tabaski de Méderdra.
N’Paly Kaba Diakité était le fils de Hadiatou Kaba Diakité et de Sirandou Henda Dramé; il était le neveu du patriarche et grand savant Mahamadou Ibn Youssouph. L’oncle de N’Paly Kaba Diakité, Mahamadou lbl Youssouph,était un grand érudit et un homme pieux qui avait adhéré à la Tijaniyya avec Cheikh Sidi Mohamed Lakhdar bien avant que celui-ci ne découvrit Chérif Hamahoullah.
Lorsque Cheikh Sidi Mohamed Lakhdar arriva à Kaedi Ibn Youssouph s’apprêtait à aller à la recherche du”Cheikh Mourab” (le Conducteur d’âmes vers Dieu). Sa mère lui conseilla d’aller, au préalable, saluer ce grand musulman arabe qui venait d’arriver; il s’exécuta. Lorsque Ibn Youssouph arriva chez Cheikh Sidi Mohamed Lakhdar, les deux échangèrent les salutations traditionnelles et le Cheikh de lui poser la question:
- Mais où donc te rendais-tu?
- Je m’en allais à la recherche du Cheikh Mourab,
Répondit Ibn Youssouph :
- Qui donc t’a parlé du Cheikh Mourab ?
- Je l’ai su par mes recherches dont le Créateur m’a fait grâce.
Cet échange permit au Cheikh de se rendre compte du degré d’érudition de Ibn Youssouph et de ses retraites spirituelles pour s’adonner au Zikr. Ibn Youssouph avait coutume de s’isoler pour se consacrer aux méditations. C’est ainsi qu’un jour, Cheikh Sidi Mohamed Lakhdar le chercha sans succès. Plus tard, lbn Youssouph lui expliqua qu’il se retire pour éviter d’être perturbé dans ses méditations; en réponse, Cheikh Sidi Mohamed Lakhdar déclara par trois fois :
- O Ibn Youssouph,
<La illaha illa Allah est suffisant>
Quand Cheikh Sidi Mohamed Lakhdar découvrit le Chérif Hamahoullah, il en informa Ibn Youssouph, qui alla lui prêter allégeance. A partir de ce moment, Ibn Youssouph et son neveu N’Paly Kaba Diakité rendaient fréquemment visite à Chérif Hamahoullah.
A l’une de ces visites, le Chérif, selon le témoignage de Bayahaya Maréga, demanda à Ibn Youssouph:
- Que représente ce jeune homme pour toi ?
- C’est mon neveu, répondit Ibn Youssouph.
- Un jour viendra où il te demandera quelque chose, ne le lui refuse point.
Ces quelques paroles échangées situèrent lbn Youssouph sur le destin de son jeune neveu qui rendait, à partir de ce moment, de fréquentes visites au Chérif.
CHEIKH YACOUBA SYLLA UN BAPTISSEUR HORS PAIR
Nous ne pouvons trouver meilleure expression de « don de soi » que notre maître YACOUBA SYLLA. L’histoire foisonne d’exemples de maître ne vivant que de la sueur de leurs disciples suivent la logique qui stipule que « c’est aux fidèles qui pourvoir aux besoins de leur(s) maître(s) ». Mais CHEIKH YACOUBA SYLLAA a ceci de spécifique qu’il a consacré toute sa vie au bien-être de ses fidèles en particulier et de la Côte d’Ivoire en général-si bien que « travailler pour les autres » est devenu le trait caractéristique de sa personne. L’électrification de la cité du fromager pendant la décennie 1946-1956 et la réduction du transport Abidjan-Gagnoa de mille cinq cent francs (1500F) à quatre cents francs (400F) ont fait tacha d’huile dans la mémoire collective des gagnoalais, son œuvre de bâtisseur s’est surtout manifesté par l’entretien de la joie et de la gaité dans le cœur des ivoiriens, à travers la construction des salles de cinéma dans certaines villes. Nous vous livrons les différents noms des lieux de distraction publique comme témoignage de l’œuvre grandiloquente de CHEIKH YACOUBA SYLLA :
GAGNOA…………..CINE PAX en 1952
SINFRA………………CINE ECLAIR en 1953
DIVO………………….CINE CONCORDE en 1953
SOUBRE…………….CINE BAKOYE en 1953
DALOA………………CINE FELIX
HOUPHOUET6BOIGNY en 1967
ADZOPE………………CINE CHERIF HAMALH en 1968
OUME………………….CINE LUX en 1953